
« La colonne vertébrale d’Arthropia »
Le mille-pattes est un arthropode. Il porte son armure sur lui. Un squelette externe qui le protège sans qu’il ait besoin de demander à qui que ce soit de venir le protéger à sa place.
Il avance avec ce qu’il est.
Il ne demande pas la permission d’occuper l’espace.
Et lorsqu’il se replie sur lui-même, il devient presque impossible à atteindre.
Pour Arthropia, ce n’est pas une simple mascotte.
C’est une métaphore.
Celle d’individus qui n’ont plus envie de demander la permission d’exister.
De penser.
De parler.
De créer.
De dire non.
De prendre leur place.
Regardons les choses en face.
On nous a vendu un féminisme de vitrine.
Un féminisme lisse, propre, parfaitement présentable.
Un féminisme où l’on peut parler de tout, à condition de le faire de la bonne manière.
Avec les bons mots.
Les bons chiffres.
Les bons slogans.
Les bonnes causes.
On nous explique parfois ce qu’une femme devrait penser, ce qu’elle devrait défendre, ce qu’elle devrait dénoncer, et même la manière dont elle devrait le faire pour rester acceptable.
Et si elle sort du cadre ?
Elle devient trop agressive.
Trop radicale.
Trop sensible.
Trop froide.
Trop de trop.
Toujours trop.
Alors on polit les discours.
On arrondit les angles.
On transforme les colères en statistiques.
On transforme les injustices en graphiques.
On transforme les femmes en catégories.
Et à force de vouloir rendre le féminisme parfaitement acceptable, on finit parfois par lui retirer précisément ce qui devrait le rendre nécessaire :
Sa capacité à déranger.
Arthropia n’est pas là pour ça.
Nous n’allons pas demander pardon d’exister.
Nous n’allons pas nous excuser d’être en colère.
Nous n’allons pas prétendre être toutes d’accord.
Et nous n’allons certainement pas faire semblant que tout va bien simplement parce qu’un discours est devenu suffisamment confortable pour être partagé sans déranger personne.
L’égalité parfaite est une abstraction.
Les êtres humains ne sont pas identiques.
Nous n’avons pas les mêmes histoires, les mêmes corps, les mêmes caractères, les mêmes désirs, les mêmes opinions ou les mêmes vies.
Et ce n’est pas un problème à résoudre.
Ce que nous demandons est beaucoup plus simple.
Et beaucoup plus radical.
Le respect.
La considération.
La dignité.
Nous ne voulons pas être placées sur un piédestal.
Nous ne voulons pas être protégées comme des êtres fragiles.
Nous ne voulons pas être réduites au silence pour préserver le confort des autres.
Et nous ne voulons pas non plus être méprisées, rabaissées ou traitées comme si notre parole valait moins.
Nous voulons être considérées.
Comme des êtres humains à part entière.
Avec nos contradictions.
Nos forces.
Nos failles.
Nos colères.
Nos ambitions.
Nos erreurs.
Nos différences.
Et c’est précisément là que le mille-pattes prend tout son sens.
Un mille-pattes n’est pas une créature composée d’éléments identiques.
Il est fait de segments.
De pattes.
De parties distinctes qui participent pourtant au même mouvement.
C’est cette image que nous retenons.
Pas celle d’un troupeau qui pense pareil.
Pas celle d’une masse qui avance au même rythme.
Mais celle d’individus différents qui peuvent malgré tout avancer ensemble.
Nous n’avons pas besoin de penser pareil pour nous respecter.
Nous n’avons pas besoin d’être identiques pour occuper le même espace.
Nous n’avons pas besoin de nous ressembler pour avancer dans la même direction.
Et surtout :
Le collectif ne doit jamais devenir une nouvelle façon d’écraser l’individu.
Arthropia n’est pas là pour distribuer les bons points.
Ce n’est pas un concours de pureté.
Ce n’est pas une religion.
Ce n’est pas une pensée unique.
Et ce n’est pas un féminisme de vitrine.
C’est un mouvement.
Un espace pour regarder ce qui ne va pas et avoir le courage de le dire.
Même lorsque nous ne sommes pas toutes d’accord. Nous sommes complémentaires à ce qui existe déjà.
Parce que parler n’est pas être agressive.
Dire non n’est pas être hystérique.
Être en colère n’est pas perdre toute légitimité.
Changer d’avis n’est pas être incohérente.
Prendre sa place n’est pas voler celle des autres.
Et exister n’est pas une faveur que l’on nous accorde.
Nous n’avons rien à demander.
Il suffit d’avancer.
Arthropia.